NOUVELLE-ZÉLANDE

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NOUVELLE-ZÉLANDE
NOUVELLE-ZÉLANDE

À l’écart des grands mouvements Ă©conomiques et gĂ©opolitiques mondiaux, la Nouvelle-ZĂ©lande a longtemps souffert de la «tyrannie de la distance». Sa taille limitĂ©e (270 534 km2, avec 3 427 796 hab. en mars 1991), son isolement au sud-est de l’Australie l’ont amenĂ©e Ă  cultiver un lien privilĂ©giĂ© avec la Grande-Bretagne, source unique de sa prospĂ©ritĂ© et de sa sĂ©curitĂ©. La permanence de ce cordon ombilical a encouragĂ© le maintien d’un esprit insulaire. En se considĂ©rant avant tout comme un «avant-poste» de l’empire britannique, la Nouvelle-ZĂ©lande s’est abstraite de son contexte rĂ©gional. Sa participation automatique Ă  deux guerres mondiales oĂč sa sĂ©curitĂ© ne semblait pas directement mise en cause est le signe qu’elle se considĂ©rait avant tout comme une nation europĂ©enne.

AprĂšs 1945, une sĂ©rie de traumatismes ont bouleversĂ© l’europĂ©ocentrisme des NĂ©o-ZĂ©landais. La fin du mythe d’une Grande-Bretagne rĂ©gnant en maĂźtre sur les mers a amenĂ© les NĂ©o-ZĂ©landais, avec les Australiens, Ă  rechercher un protecteur plus prĂšs de leurs rivages. Dans les annĂ©es 1960 et 1970, la fermeture du marchĂ© britannique les a obligĂ©s Ă  trouver de nouveaux partenaires parmi leurs voisins du Pacifique. L’histoire de la Nouvelle-ZĂ©lande est celle de la dĂ©couverte progressive de son environnement.

1. Conditions naturelles

Relief

Les deux grandes ßles néo-zélandaises ont des cÎtes trÚs découpées et un elief montagneux; les plaines sont nombreuses mais leur superficie est généralement trÚs faible.

L’üle du Nord (ou Île fumante) est remarquable par ses paysages volcaniques: certains volcans n’ont plus d’activitĂ© (mont Egmont), d’autres ont encore des Ă©ruptions (Ngauruhoe, Ruapehu): la Nouvelle-ZĂ©lande fait partie de la «ceinture de feu» du Pacifique. Sur le plateau central, les sources chaudes, les geysers, les jets de chaleur constituent une originalitĂ© du pays. Mais en plus des formes volcaniques, on trouve de lourds massifs de grĂšs et de schistes, limitĂ©s par des escarpements de faille. Les mouvements du sol sont souvent trĂšs rĂ©cents et se continuent mĂȘme aujourd’hui: les tremblements de terre sont frĂ©quents. Les plaines prennent quelque extension au nord (rĂ©gion de Waikato); encore sont-elles souvent parsemĂ©es de petits cĂŽnes volcaniques.

L’üle du Sud (ou Ăźle de Jade) n’a pas de volcans mais ses montagnes de grĂšs et de schistes ont Ă©tĂ© soulevĂ©es par de puissants mouvements tectoniques: elles sont plus Ă©levĂ©es que celles de l’üle du Nord (mont Cook, 3 764 m) et, en raison de la latitude, les tempĂ©ratures sont plus basses et les sommets sont occupĂ©s par de vastes glaciers (Tasman). Ces montagnes sont appelĂ©es les « Alpes nĂ©o-zĂ©landaises »; leurs paysages rappellent d’autant mieux ceux des Alpes europĂ©ennes que, comme ces derniĂšres, elles ont Ă©tĂ© profondĂ©ment burinĂ©es au cours des grandes glaciations du Quaternaire: de trĂšs beaux lacs occupent certaines vallĂ©es glaciaires; sur la cĂŽte du Sud-Ouest, les vallĂ©es surcreusĂ©es par la glace ont Ă©tĂ© ensuite envahies par la mer: les fjords nĂ©o-zĂ©landais sont aussi grandioses que ceux de la NorvĂšge.

La haute chaĂźne longe la cĂŽte occidentale de l’üle. Au contraire, sur la cĂŽte orientale s’étale la seule plaine de quelque importance, celle de Canterbury.

Climat

La Nouvelle-ZĂ©lande s’étire entre le 34e et le 47e degrĂ© de latitude sud: elle se trouve donc dans une position comparable Ă  celle de l’Espagne et de la moitiĂ© sud de la France. Mais elle baigne dans un ocĂ©an relativement frais et sa situation trĂšs ocĂ©anique explique la remarquable Ă©galisation des tempĂ©ratures. Sur la cĂŽte et dans les plaines, les hivers sont doux: la tempĂ©rature de juillet, le mois le plus frais, est de 11,1 0C Ă  Auckland, 8,4 0C Ă  Wellington, 6,6 0C Ă  Christchurch; en montagne, les tempĂ©ratures diminuent rapidement et l’enneigement est important et prolongĂ© dans les Alpes nĂ©o-zĂ©landaises. Les Ă©tĂ©s sont relativement doux: il n’y a guĂšre de trĂšs grosses chaleurs Ă  cause des brises cĂŽtiĂšres; Ă  Auckland la moyenne de janvier n’atteint pas 20 0C, alors qu’à Alger, situĂ©e Ă  une latitude analogue, celle de juillet atteint 25 0C.

Le caractĂšre ocĂ©anique du climat nĂ©o-zĂ©landais se marque aussi par sa grande humiditĂ©. L’archipel se trouve sur la trajectoire normale des perturbations ocĂ©aniques, qui s’accompagnent de grands vents d’ouest (westerlies ) et souvent mĂȘme de vĂ©ritables tempĂȘtes. Au sud, il pleut en toutes saisons; vers le nord, des pĂ©riodes de beau temps apparaissent en Ă©tĂ©. Mais, au total, les prĂ©cipitations sont copieuses: 1 010 mm Ă  Auckland, 1 470 Ă  Wellington. Les cĂŽtes orientales abritĂ©es des vents pluvieux font exception: ainsi, dans la plaine de Canterbury et dans les petits bassins intĂ©rieurs de l’Otago, les prĂ©cipitations ne dĂ©passent pas 400 ou 500 mm.

Ces prĂ©cipitations aussi abondantes font de la Nouvelle-ZĂ©lande un pays de riviĂšres et de lacs. Les cours d’eau qui descendent rapidement des montagnes vers la cĂŽte sont le paradis des pĂȘcheurs de truite. Les lacs d’origine volcanique sont nombreux dans l’üle du Nord (lac Taupo) et ceux d’origine glaciaire dans les Alpes de l’üle du Sud.

Végétation

La douceur des tempĂ©ratures et l’abondance des pluies sont Ă©galement favorables au dĂ©veloppement de la forĂȘt: le « bush » nĂ©o-zĂ©landais est trĂšs original par sa flore et par sa faune, car la plupart des espĂšces sont endĂ©miques et ne se trouvent nulle part ailleurs, pas mĂȘme en Australie. Au nord, oĂč les tempĂ©ratures sont relativement chaudes, la forĂȘt est de type subtropical, avec de grands conifĂšres, les kauris ; dans les montagnes de l’üle du Sud apparaĂźt, au contraire, le nothofagus , un hĂȘtre Ă  feuilles persistantes qu’on ne trouve qu’en Tasmanie et en Patagonie chilienne; dans le reste du pays, la forĂȘt est constituĂ©e surtout de conifĂšres (rimu , totara ), mais le sous-bois est trĂšs dense; les lianes, les Ă©piphytes, les grandes fougĂšres arborescentes donnent Ă  cette formation vĂ©gĂ©tale un aspect totalement diffĂ©rent des forĂȘts de conifĂšres de la zone tempĂ©rĂ©e de l’hĂ©misphĂšre Nord. Dans les parties les plus difficiles d’accĂšs se rĂ©fugient les animaux typiques de la Nouvelle-ZĂ©lande, en particulier d’étranges oiseaux tels que le kiwi , devenu l’emblĂšme du pays.

La forĂȘt cĂšde souvent la place Ă  des formations basses: certaines sont naturelles, par exemple les touffes herbeuses du «tussock» qui apparaissent dans les parties les plus sĂšches (est de l’üle du Sud) ou la «prairie alpine» des hautes montagnes. Mais, le plus souvent, la forĂȘt a Ă©tĂ© dĂ©truite volontairement par l’homme et remplacĂ©e soit par des pĂątures, soit par des landes. Les destructions ont Ă©tĂ© telles que la Nouvelle-ZĂ©lande a procĂ©dĂ© Ă  de trĂšs importants reboisements avec des essences importĂ©es, en particulier des pins amĂ©ricains.

2. Le peuplement maori

AppelĂ©e Aotearoa par les PolynĂ©siens qui la dĂ©couvrirent, la Nouvelle-ZĂ©lande permit le dĂ©veloppement sur une grande Ă©chelle du peuple maori. Celui-ci amĂ©nagea ce vaste territoire pendant plus de six cents ans d’histoire, avant que ne surviennent les Blancs au XVIIIe siĂšcle. La civilisation maorie avait bĂ©nĂ©ficiĂ© de la rĂ©volution nĂ©olithique et d’une tradition qui remontait au temps oĂč les ancĂȘtres des Maoris peuplaient les Ăźles Marquises. À partir d’une agriculture fondĂ©e sur la patate douce, le peuplement maori a dĂ©veloppĂ© une forme d’organisation sociale extrĂȘmement souple et un systĂšme politique centrĂ© autour d’une chefferie militaire. La vie cĂ©rĂ©monielle a entraĂźnĂ© une production artistique trĂšs riche (tatouages, vĂȘtements, sculptures).

Un peuplement polynésien

La Nouvelle-ZĂ©lande fut dĂ©couverte et peuplĂ©e pour la premiĂšre fois par des PolynĂ©siens venus des Ăźles Marquises. L’archĂ©ologie prĂ©cise que les premiĂšres traces d’occupation du sol remontent Ă  1150 aprĂšs J.-C. Apportant avec eux leur langue de type austronĂ©sien et leurs coutumes, les PolynĂ©siens franchirent la mer en de vĂ©ritables expĂ©ditions minutieusement prĂ©parĂ©es. Ils emportaient avec eux, non seulement des provisions et de l’eau pour la durĂ©e du voyage, mais aussi des plantes et des animaux domestiques qu’ils comptaient introduire sur les terres nouvelles. C’est ainsi qu’ils essayĂšrent d’acclimater en Nouvelle-ZĂ©lande l’igname et le taro. Leur grand succĂšs fut l’introduction de la patate douce (IpomĂŠa batatas ) qui devint, pour des raisons climatiques, leur principale ressource vivriĂšre. Les Maoris – c’est le nom qu’ils se donnaient – pratiquaient la chasse aux oiseaux, aux chiens, aux rats et aux chauves-souris. Les mammifĂšres Ă©taient rares sur ces Ăźles. La pĂȘche et la cueillette des fruits complĂ©taient leur ordinaire. En pĂ©riode de disette, la population se nourrissait de racines de fougĂšres.

Les terres les plus favorables au peuplement Ă©taient situĂ©es en pleine forĂȘt vierge, mais les guerres entre tribus obligĂšrent souvent des groupes humains, momentanĂ©ment vaincus, Ă  Ă©migrer ailleurs et Ă  dĂ©fricher de nouvelles portions de la forĂȘt. La plupart des villages Ă©taient fortifiĂ©s et construits sur les hauteurs. EntourĂ©s de plusieurs palissades, de fossĂ©s, hĂ©rissĂ©s de saillants, c’était de vĂ©ritables forteresses qui permettaient souvent de rĂ©sister longtemps Ă  l’ennemi. Le terre-plein central des villages Ă©tait rĂ©servĂ© Ă  la danse et aux cĂ©rĂ©monies publiques. Les habitations Ă©taient de type semi-souterrain et l’on pouvait distinguer les grandes maisons dĂ©corĂ©es et sculptĂ©es, les maisons sans ornements et, enfin, les petites dĂ©pendances. La façade des maisons princiĂšres Ă©tait encadrĂ©e par deux portants latĂ©raux couverts de bas-reliefs sculptĂ©s. Une entrĂ©e principale et une fenĂȘtre, dont le cadre Ă©tait Ă©galement sculptĂ©, complĂ©taient l’architecture, avec un mĂąt central qui dĂ©passait le faĂźte du toit. L’outillage utilisĂ© par les Maoris comprenait des herminettes, des bĂątons Ă  fouir, des hameçons, des armes (massues, lances, arcs et flĂšches), des outils pour la taille du bois. Ils ne connaissaient ni le fer ni la poterie.

Organisation sociale et politique

Proches des Hawaiiens par leur systĂšme de parentĂ©, les Maoris vivaient en familles Ă©tendues, appelĂ©es whanau . Celles-ci rassemblaient en gĂ©nĂ©ral trois gĂ©nĂ©rations, des grands-parents aux petits-enfants. Cette grande famille habitait une seule maison et cultivait en commun ses jardins. C’est entre familles que se rĂ©glaient les mariages et la rĂ©partition des jardins nouvellement ouverts dans la forĂȘt. Aux premiers temps du peuplement, les familles prospĂ©raient sur une terre fertile, se liaient entre elles pour bientĂŽt former un groupe humain plus large, appelĂ© hapu . Ce groupement Ă©tait nommĂ© et son mode de recrutement Ă©tait largement cognatique, c’est-Ă -dire qu’il faisait appel Ă  tous les descendants d’un ancĂȘtre, soit en ligne masculine, soit en ligne fĂ©minine. La composition du hapu Ă©tait d’autre part largement conditionnĂ©e par le mode de rĂ©sidence, qui donnait libertĂ© au jeune couple mariĂ© de s’établir au lieu de son choix. Le hapu occupait un certain territoire et ses membres dĂ©cidaient en commun des questions importantes et, notamment, des relations avec les hapu voisins (mariages, fĂȘtes cĂ©rĂ©monielles, guerres). Étant donnĂ© le recrutement cognatique du hapu , un homme pouvait se considĂ©rer comme membre de plusieurs d’entre eux, Ă  supposer qu’il puisse se relier gĂ©nĂ©alogiquement Ă  l’un des ancĂȘtres de chaque hapu . MĂȘme si l’idĂ©ologie du hapu est trĂšs nettement patrilinĂ©aire, cette libertĂ© de choix ainsi que la stratĂ©gie des mariages permettaient de bouleverser sans cesse la configuration politique d’un ensemble de hapu . Plusieurs hapu , territorialement dĂ©finis, formaient ensemble une tribu (iwi ) qui portait le nom de l’ancĂȘtre fondateur du premier hapu . Si l’on remonte aux temps lĂ©gendaires des premiers dĂ©barquements sur les Ăźles, chaque Maori se considĂšre comme descendant d’une «pirogue» fondatrice, ou waka , qui rappelle le souvenir des premiers arrivants. Ainsi plusieurs tribus pouvaient-elles se rĂ©clamer d’une mĂȘme origine, l’arrivĂ©e d’une pirogue Ă  partir de laquelle commençait l’histoire du peuplement et de la formation des groupes humains actuels. Toutes les tribus appartenant Ă  la mĂȘme pirogue se considĂšrent en relation de consanguinitĂ© les unes avec les autres, et ce fait modĂšle les alliances, en temps de paix comme en temps de guerre. De mĂȘme, les mariages avaient-ils lieu le plus souvent Ă  l’intĂ©rieur de la tribu, sauf pour certaines unions entre familles princiĂšres qui, par souci de prestige et par calcul politique, enjambaient ainsi les limites tribales.

La cause des guerres Ă©tait souvent la violation des frontiĂšres, car celles-ci Ă©taient soigneusement tracĂ©es et jalousement dĂ©fendues. De mĂȘme, chaque hapu et chaque famille avaient-ils ses terroirs trĂšs prĂ©cisĂ©ment dĂ©limitĂ©s. De nombreux interdits promettaient la mort par sorcellerie Ă  qui oserait outrepasser les frontiĂšres pour attenter Ă  la propriĂ©tĂ© d’autrui. La guerre pouvait aussi naĂźtre de querelles entre tribus, entre familles ou entre parents Ă  propos des mariages, et des relations sexuelles illĂ©gitimes. Tout indique que la guerre Ă©tait une occupation constante. Les jeunes gens s’entraĂźnaient dĂšs l’enfance, et leurs aĂźnĂ©s leur enseignaient les subtilitĂ©s d’une stratĂ©gie militaire extrĂȘmement Ă©laborĂ©e (les troupes anglaises en firent l’expĂ©rience). Lorsqu’un homme partait au combat, il s’était prĂ©parĂ© par une sĂ©rie de rituels qui visaient Ă  le protĂ©ger en mĂȘme temps qu’à l’aguerrir. Les combats singuliers prĂ©cĂ©daient souvent le passage Ă  des formes de guerre de groupes. Ceux-ci rassemblaient en principe cent quarante hommes divisĂ©s en sept sections de vingt. La dĂ©faite Ă©tait sanctionnĂ©e soit par la mort au combat, soit par un festin cannibale sur la personne des prisonniers, soit par l’esclavage.

La sociĂ©tĂ© maorie Ă©tait divisĂ©e en trois classes: celle des chefs, appelĂ©e ariki et rangarita , celle des gens du commun et celle des esclaves. Un systĂšme de rang permettait de distinguer, dans la classe des chefs, ceux de la branche aĂźnĂ©e et la succession dĂ©croissante des lignĂ©es cadettes. Un chef pouvait expliquer et justifier son pouvoir par le rĂ©cit de sa gĂ©nĂ©alogie, le calcul de son rang et la manifestation de sa force magique (mana ), qui lui permettait aux yeux de tous de maintenir les prĂ©rogatives de son autoritĂ©. Aussi les chefs Ă©taient-ils souvent des prĂȘtres en relation constante avec les forces surnaturelles; leur personne Ă©tait taboue et leur vie quotidienne se conformait Ă  une Ă©tiquette trĂšs stricte. La tribu ne connaissait pas de chefs plus puissants que d’autres. C’est seulement pendant les guerres qu’un chef particuliĂšrement valeureux et habile se trouvait porter momentanĂ©ment une responsabilitĂ© gĂ©nĂ©rale. Les funĂ©railles d’un chef Ă©taient un Ă©vĂ©nement vĂ©cu de façon dramatique. Son visage tatouĂ© recevait une couche d’ocre rouge, ses cheveux Ă©taient huilĂ©s et dĂ©corĂ©s de plumes. Ses armes et ses parures Ă©taient placĂ©es Ă  ses cĂŽtĂ©s pendant que l’on sacrifiait en l’honneur de sa mort un grand nombre d’esclaves. Parfois mĂȘme, sa veuve se donnait la mort. Le corps du chef pouvait ĂȘtre, comme le cadavre d’un homme du commun, soit exposĂ© soit brĂ»lĂ©, mais ses ossements Ă©taient soigneusement conservĂ©s en un coffret de bois sculptĂ© en forme de tĂȘte humaine. Ces cĂ©rĂ©monies Ă©taient des occasions de rappeler les exploits des dieux et des hĂ©ros fondateurs des tribus. Les mythes qui racontent l’histoire du panthĂ©on maori sont une littĂ©rature prĂ©cieuse pour la comprĂ©hension de ce peuple polynĂ©sien.

Aujourd’hui intĂ©grĂ©s au devenir historique de la Nouvelle-ZĂ©lande, les Maoris (qui reprĂ©sentaient, en 1991, 9,6 p. 100 de la population) forment une communautĂ© moderne, mais qui demeure attachĂ©e Ă  ses traditions.

3. Histoire et société

Un lien privilégié avec la Grande-Bretagne

La Nouvelle-ZĂ©lande, dĂ©couverte par les PolynĂ©siens au Xe siĂšcle, connut sa premiĂšre vĂ©ritable vague d’immigration trois siĂšcles plus tard. Provenant de diverses rĂ©gions de la partie orientale de la PolynĂ©sie, les nouveaux venus formĂšrent Ă  la longue un peuple uni par une culture commune, le peuple maori. En 1642, le premier EuropĂ©en Ă  dĂ©couvrir les cĂŽtes de la Nouvelle-ZĂ©lande fut le navigateur hollandais Abel Tasman. La premiĂšre carte dĂ©taillant les Ăźles qui la composent fut dressĂ©e par le Britannique James Cook en 1769.

La Nouvelle-ZĂ©lande ne fut colonisĂ©e par l’homme blanc qu’au dĂ©but du XIXe siĂšcle. Les premiers occupants europĂ©ens furent les chasseurs de phoques et baleiniers basĂ©s en Australie. DĂšs les annĂ©es 1810-1820, des problĂšmes d’ordre public, de moralitĂ© et de conflits avec les indigĂšnes maoris entraĂźnent l’arrivĂ©e de missions anglicanes, catholiques et mĂ©thodistes dans l’üle du Nord. L’anarchie, les guerres entre les tribus maoris, rendues plus sanglantes par l’introduction d’armes Ă  feu, amĂšnent les autoritĂ©s britanniques, d’abord rĂ©ticentes, Ă  se lancer dans une nouvelle aventure coloniale, Ă  assumer un pouvoir croissant. La couronne confie en 1828 le droit d’administration et de juridiction du territoire Ă  la Nouvelle-Galles du Sud australienne. Le 5 fĂ©vrier 1840, le traitĂ© de WaĂŻtangi Ă©tablit la souverainetĂ© de la Grande-Bretagne sur les deux Ăźles, accordant Ă  tous les habitants, Maoris inclus, la qualitĂ© de citoyens britanniques. Le pouvoir est alors exercĂ© sur place par un gouverneur gĂ©nĂ©ral nommĂ© par la reine.

C’est dans la dĂ©cennie 1840-1850 que la colonisation dĂ©butera Ă  grande Ă©chelle. Elle sera effectuĂ©e exclusivement Ă  partir de l’Angleterre. Les premiĂšres villes seront souvent modelĂ©es sur des villes anglaises, ainsi Christchurch, dont les plans ont Ă©tĂ© Ă©tablis en Angleterre, d’aprĂšs la ville du mĂȘme nom. En 1852, le Constitution Act pose les bases d’un gouvernement provincial autonome. En 1856, l’autonomie de fait du gouvernement nĂ©o-zĂ©landais est Ă©tablie. L’octroi du statut de dominion, en 1907, n’ajoute aucun pouvoir rĂ©el supplĂ©mentaire au gouvernement de Wellington, mais constitue une Ă©tape importante dans la reconnaissance du pays en tant qu’entitĂ© nationale.

Si la Nouvelle-ZĂ©lande s’administre de façon autonome dĂšs la seconde moitiĂ© du XIXe siĂšcle, elle n’en demeure pas moins une colonie dans son commerce avec la Grande-Bretagne: elle vend ses produits agricoles et achĂšte des produits manufacturĂ©s. La dĂ©pendance totale de la Nouvelle-ZĂ©lande vis-Ă -vis du marchĂ© et du fournisseur britannique prolonge la dĂ©pendance politique et psychologique jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Alors que Canberra acquiert une pratique diplomatique propre au dĂ©but du XXe siĂšcle, de la guerre des Boers aux conflits mondiaux, la politique extĂ©rieure de la Nouvelle-ZĂ©lande sera celle de la Grande-Bretagne. Bien qu’elle ait rejoint la SociĂ©tĂ© des nations en tant que membre Ă  part entiĂšre, la Nouvelle-ZĂ©lande s’en remet totalement au Foreign Office pour sa reprĂ©sentation Ă  l’étranger, jusqu’à la crĂ©ation du Ministry of External Affairs en 1943. Ce n’est qu’en novembre 1947 qu’elle adoptera le statut de Westminster, par lequel, en 1931, le Parlement britannique avait reconnu le droit de chaque dominion Ă  la souverainetĂ© complĂšte.

Institutions et traditions politiques

Comme d’autres anciennes colonies britanniques (Australie, Canada), la Nouvelle-ZĂ©lande est une dĂ©mocratie parlementaire qui a hĂ©ritĂ© des institutions anglaises. Il n’y a pas de Constitution Ă©crite. Le pouvoir est exercĂ© pour une durĂ©e maximale de trois ans par le leader du parti majoritaire au Parlement, qui peut provoquer une Ă©lection anticipĂ©e Ă  tout moment. Connu sous le nom de Beehive («la ruche», du fait de la forme du bĂątiment), le Parlement se compose de 92 membres, quatre siĂšges, correspondant aux quatre rĂ©gions gĂ©ographiques du pays, Ă©tant rĂ©servĂ©s aux candidats maoris. Ceux-ci sont Ă©lus par des Ă©lecteurs maoris, qui conservent par ailleurs le droit de vote pour celui des 88 siĂšges gĂ©nĂ©raux qui correspond Ă  leur circonscription. Le chef d’État est le reprĂ©sentant de la couronne d’Angleterre, le gouverneur gĂ©nĂ©ral, qui n’exerce aucun pouvoir effectif.

Du fait de la petite taille du pays, qui n’a pas permis le dĂ©veloppement d’un vĂ©ritable systĂšme fĂ©dĂ©ral, le pouvoir est davantage centralisĂ© qu’en Australie ou au Canada. L’abolition en 1950 d’une Chambre haute non Ă©lective, la faiblesse des collectivitĂ©s locales et l’impuissance du gouverneur gĂ©nĂ©ral permettent Ă  la majoritĂ© parlementaire de gouverner presque sans entraves. Cette tradition de dĂ©mocratie centralisĂ©e a donnĂ© trĂšs tĂŽt Ă  l’État une importance prĂ©pondĂ©rante dans la vie Ă©conomique et sociale de la Nouvelle-ZĂ©lande, et peut expliquer le rĂŽle de prĂ©curseur que, des rĂ©formes sociales des annĂ©es 1890 Ă  la rĂ©volution fiscale des annĂ©es 1980, le gouvernement nĂ©o-zĂ©landais a pu jouer. L’autoritĂ© du Parlement et des pouvoirs publics est toutefois tempĂ©rĂ©e par un puissant État de droit. Le pouvoir judiciaire Ă©chappe au pouvoir politique, et des officiels indĂ©pendants, les Ombudsmen, sont chargĂ©s d’enquĂȘter, sur plainte de particuliers ou de leur propre initiative, sur les activitĂ©s de l’État pouvant paraĂźtre abusives.

Les membres du Parlement sont Ă©lus par arrondissements au scrutin majoritaire Ă  un tour. Ce systĂšme Ă©lectoral, comme en Grande-Bretagne, a favorisĂ© la polarisation de la vie politique autour de deux grands partis, le Parti national (National Party ) et le Parti travailliste (NZ Labour Party ). Le premier, dans la tradition conservatrice britannique, se veut le garant d’une gestion prudente et d’un certain ordre moral, Ă©lĂ©ment important dans un pays qui a longtemps conservĂ© une tradition victorienne. Le Parti national a Ă©tĂ© au pouvoir de 1949 Ă  1957, de 1960 Ă  1972, puis de 1975 Ă  1984. Le Parti travailliste, membre de l’Internationale socialiste, s’appuie sur une base syndicale large et suit traditionnellement une ligne social-dĂ©mocrate de redistribution. Avant sa victoire de juillet 1984, confirmĂ©e par un second succĂšs aux Ă©lections d’aoĂ»t 1987, le Parti travailliste nĂ©o-zĂ©landais avait Ă©tĂ© portĂ© trois fois au pouvoir, de 1934 Ă  1949, de 1957 Ă  1960 et de 1972 Ă  1975. Le Parti national remporte de nouveau les Ă©lections lĂ©gislatives d’octobre 1990 et, de justesse, celles de juin 1993.

Esprit égalitaire et qualité de vie

La sociĂ©tĂ© nĂ©o-zĂ©landaise est caractĂ©risĂ©e par une Ă©galitĂ© des conditions qui frappe le visiteur Ă©tranger dĂšs l’aĂ©roport, oĂč un chauffeur de taxi l’invite Ă  s’installer Ă  ses cĂŽtĂ©s sur le siĂšge avant... Un premier coup d’Ɠil aux banlieues rĂ©sidentielles de Wellington, d’Auckland ou de Christchurch donne une impression de bien-ĂȘtre nivelĂ©.

L’esprit Ă©galitaire est profondĂ©ment ancrĂ© dans la tradition nĂ©o-zĂ©landaise et n’est pas sans impliquer un certain conformisme. Les premiers colons, issus de milieux modestes, avaient Ă  cƓur de ne pas reproduire dans leur nouveau pays la structure de classe qui caractĂ©rise la sociĂ©tĂ© anglaise qu’ils avaient fuie. Ce souci est manifeste dans le domaine politique, la Nouvelle-ZĂ©lande ayant Ă©tĂ© le premier pays au monde Ă  accorder le droit de vote aux femmes en 1893. Mais c’est dans le domaine social que l’égalitarisme nĂ©o-zĂ©landais apparaĂźt le plus Ă©clatant. DĂšs les annĂ©es 1890, le gouvernement libĂ©ral de Richard Seddon, ancĂȘtre des travaillistes du XXe siĂšcle, faisait adopter une sĂ©rie de lois touchant l’emploi (Factories Act , Industrial Conciliation and Arbitration Act ) et les retraites (Old Age Pension Act ). En 1904, dans La DĂ©mocratie en Nouvelle-ZĂ©lande , le sociologue français AndrĂ© Siegfried dĂ©crivait la Nouvelle-ZĂ©lande comme un «laboratoire social».

Le premier gouvernement travailliste, Ă©lu en 1935, alors que la Nouvelle-ZĂ©lande subit le choc de la crise Ă©conomique mondiale, apparaĂźt comme le vĂ©ritable pionnier de l’État providence. Sous la houlette du Premier ministre Michael Savage, le Parlement rĂ©duit la semaine de travail Ă  quarante heures, impose la syndicalisation obligatoire (closed shop ) et instaure un rĂ©seau de prestations sociales protĂ©geant le citoyen «du berceau Ă  la tombe»: aide au logement, sĂ©curitĂ© sociale assurant la quasi-gratuitĂ© des soins mĂ©dicaux et des mĂ©dicaments, rĂ©gime de retraite, assurance chĂŽmage, etc. L’ùre Savage (1935-1940) est Ă©galement une Ă©tape importante dans le dĂ©veloppement du rĂŽle de l’État, avec la nationalisation de divers secteurs de l’économie (radiodiffusion publique, crĂ©ation d’une banque centrale, etc.).

Le NĂ©o-ZĂ©landais moyen jouit d’une qualitĂ© de vie Ă©levĂ©e. Il est propriĂ©taire d’une maison individuelle Ă  un Ă©tage, en bois, situĂ©e sur un terrain, oĂč il entretient soigneusement des fleurs et des lĂ©gumes. Il possĂšde une tĂ©lĂ©vision en couleurs et une automobile. Volontiers bricoleur, il consacre une grande partie de son temps et de son argent Ă  l’amĂ©lioration de son habitat et Ă  l’entretien de sa voiture. Le prix Ă©levĂ© de cette derniĂšre encourage les rĂ©parations personnelles, et le visiteur Ă©tranger est surpris de trouver de nombreux vĂ©hicules vieux de vingt-cinq ou trente ans en excellent Ă©tat de marche.

L’agneau, la viande rouge, le beurre, le lait et les Ɠufs, d’excellente qualitĂ© et bon marchĂ©, reprĂ©sentent une partie importante de son alimentation. MalgrĂ© la richesse de ce rĂ©gime alimentaire, l’espĂ©rance de vie est Ă©levĂ©e: 69 ans pour les hommes, et 76 ans pour les femmes. Cela est peut-ĂȘtre dĂ» Ă  l’importance du sport dans la vie nĂ©o-zĂ©landaise. Les Ă©quipements sportifs sont omniprĂ©sents et disponibles Ă  des prix fort modiques. Le NĂ©o-ZĂ©landais est un homme d’extĂ©rieur. Le jogging, le rugby, la voile ou la randonnĂ©e font partie intĂ©grante de sa vie, et les athlĂštes nationaux, en particulier les fameux All Blacks et les marins, font figure de hĂ©ros. Aux jeux Olympiques de 1992, la Nouvelle-ZĂ©lande a obtenu 10 mĂ©dailles, alors qu’en 1984 elle en avait remportĂ© 11, dont 8 d’or.

4. Une Ă©conomie tournĂ©e vers l’extĂ©rieur

PrĂ©pondĂ©rance de l’élevage

Si elle n’emploie que 9 p. 100 de la maind’Ɠuvre, l’agriculture reste un secteur vital pour la Nouvelle-ZĂ©lande. Elle occupe 79 p. 100 de son sol et assure plus de 50 p. 100 de ses exportations. Les colons ont trĂšs tĂŽt dĂ©couvert la richesse des ressources agricoles du pays. La qualitĂ© du climat et des pĂąturages, en particulier dans la plaine fertile du Canterbury (Ăźle du Sud), a permis le dĂ©veloppement de l’élevage dĂšs les annĂ©es 1840. Toutefois, eu Ă©gard aux dimensions rĂ©duites du marchĂ© intĂ©rieur, la viande Ă©tait produite en quantitĂ©s trop importantes, et une grande partie de la production devait ĂȘtre transformĂ©e en suif.

Au cours des premiĂšres dĂ©cennies de son histoire, la Nouvelle-ZĂ©lande exportait essentiellement des cĂ©rĂ©ales et du bois (notamment les espĂšces indigĂšnes, comme le kauri, qui furent dĂ©cimĂ©es au XIXe siĂšcle). L’avĂšnement des cuirassĂ©s et l’arrivĂ©e sur les marchĂ©s mondiaux des cĂ©rĂ©ales de la Prairie amĂ©ricaine plongĂšrent l’économie nĂ©o-zĂ©landaise dans une crise qui, malgrĂ© une ruĂ©e vers l’or dans l’üle du Sud, se prolongea jusque dans les annĂ©es 1870.

En 1882, la premiĂšre cargaison de viande congelĂ©e quittait Dunedin pour relier Londres en trois mois... L’invention de la congĂ©lation constitue une date historique pour la Nouvelle-ZĂ©lande. En assurant le lien entre la surproduction de l’élevage nĂ©o-zĂ©landais et la pĂ©nurie de viande en Europe, les transports rĂ©frigĂ©rĂ©s font de l’élevage la source essentielle de la prospĂ©ritĂ© du pays. La trilogie viande-laine-produits laitiers, qui ne reprĂ©sentait en 1880 que la moitiĂ© des exportations nĂ©o-zĂ©landaises, dominera le commerce extĂ©rieur jusqu’à nos jours. En 1965, cette trilogie assurait 85 p. 100 des devises Ă  l’exportation.

L’élevage du mouton, sur lequel reposent l’industrie de la laine et la majeure partie de la production de viande, est la spĂ©cialitĂ© nĂ©o-zĂ©landaise par excellence. En 1986, le cheptel ovin s’élevait Ă  67 millions de tĂȘtes, et la Nouvelle-ZĂ©lande assurait Ă  elle seule prĂšs de la moitiĂ© de la production mondiale de viande d’agneau et de mouton... Les techniques de croisements se sont dĂ©veloppĂ©es autour du Romney, la race dominante produisant une viande fine (Ă©levage de plaine) et une laine rude (Ă©levage en altitude). Victime de la baisse des cours et de la valorisation des produits laitiers depuis les annĂ©es 1960, l’élevage du mouton suit un dĂ©clin faible mais rĂ©gulier. Le cheptel bovin, qui reste stationnaire Ă  8 millions de tĂȘtes, est de plus en plus tournĂ© vers l’élevage de vaches produisant du lait (2,3 millions de tĂȘtes en 1986 contre 2 millions en 1982), qui Ă  elles seules produisent 20 p. 100 des revenus Ă  l’exportation.

L’urgence de la diversification

Selon un diplomate nĂ©o-zĂ©landais, l’invention de la congĂ©lation a Ă©tĂ© «l’une de nos plus grandes dĂ©faites» (Merv Norrish, «The Changing Context of New Zealand Foreign Policy», in The Australian Quarterly , hiver 1986). En se spĂ©cialisant dans l’élevage, la Nouvelle-ZĂ©lande s’est en effet placĂ©e dĂšs la fin du XIXe siĂšcle dans une position de double dĂ©pendance. Le commerce extĂ©rieur du pays reposait dĂšs lors sur un nombre limitĂ© de produits agricoles et sur un client unique. La part de la Grande-Bretagne parmi les clients de la Nouvelle-ZĂ©lande n’allait cesser de s’accroĂźtre au cours des soixante annĂ©es qui suivirent l’introduction de la congĂ©lation, passant de 70 p. 100 en 1880 Ă  77 p. 100 en 1900, et Ă  88 p. 100 en 1940.

Si la crise des annĂ©es 1930 a mis en relief la fragilitĂ© d’une Ă©conomie aussi peu diversifiĂ©e, de lucratifs dĂ©bouchĂ©s s’ouvraient aux agriculteurs nĂ©o-zĂ©landais dans l’aprĂšs-guerre. Une pĂ©nurie alimentaire particuliĂšrement aiguĂ« en Angleterre absorbait la majeure partie de la production de viande et de lait, alors que la guerre de CorĂ©e relançait la demande de laine en Asie. GrĂące Ă  ce contexte favorable, la Nouvelle-ZĂ©lande occupait en 1953 le troisiĂšme rang dans le monde pour le P.I.B. par habitant, mais la double dĂ©pendance du commerce extĂ©rieur nĂ©o-zĂ©landais allait se prolonger jusqu’aux annĂ©es 1960. En 1961, la Grande-Bretagne continuait d’absorber plus de la moitiĂ© des exportations de la Nouvelle-ZĂ©lande, toujours dominĂ©es Ă  85 p. 100 par la laine, la viande et les produits laitiers.

Entrée de la Grande-Bretagne dans la C.E.E.: un traumatisme salutaire

Il faut attendre l’entrĂ©e de la Grande-Bretagne dans le marchĂ© commun pour que la Nouvelle-ZĂ©lande entreprenne une nĂ©cessaire diversification. Bien que le traitĂ© d’accession de la Grande-Bretagne Ă  la C.E.E. permette l’accĂšs des produits nĂ©o-zĂ©landais au marchĂ© europĂ©en, les quotas qui leur sont allouĂ©s ont subi une Ă©rosion progressive au cours des ans. En 1973, annĂ©e de l’élargissement de la C.E.E., la Nouvelle-ZĂ©lande vendait 165 000 tonnes de beurre et 69 000 tonnes de fromages Ă  la Grande-Bretagne. En 1978, le quota fromager fut portĂ© Ă  9 500 tonnes. En avril 1988, lors de son passage Ă  Bruxelles, le Premier ministre nĂ©o-zĂ©landais D. Lange s’efforça en vain de s’opposer Ă  la rĂ©duction des quotas sur le beurre et la viande ovine (fixĂ©s jusqu’alors Ă  75 000 et 245 000 tonnes respectivement).

La fermeture du marchĂ© europĂ©en a fourni le coup de fouet nĂ©cessaire Ă  la diversification. Le secteur primaire, notamment l’élevage, a fortement dĂ©clinĂ©, au profit des produits finis. De 1961 Ă  1986, la part de la trilogie viande-laine-produits laitiers dans les exportations de la Nouvelle-ZĂ©lande a Ă©tĂ© presque rĂ©duite de moitiĂ©, tombant Ă  44 p. 100, alors que celle des produits manufacturĂ©s Ă©tait multipliĂ©e par dix, passant de 3 Ă  plus de 30 p. 100.

La diversification provoquĂ©e par l’entrĂ©e de la Grande-Bretagne dans la C.E.E. est Ă©galement gĂ©ographique. Le commerce avec l’Europe a reculĂ©, au profit des Ă©changes avec les pays d’Asie et d’OcĂ©anie. Le Japon, qui ne fournissait que 5 p. 100 des exportations nĂ©o-zĂ©landaises au dĂ©but des annĂ©es 1960, est en 1987, avec 15 p. 100, l’un des trois principaux clients du pays.

La progression en vingt ans de l’Australie parmi les fournisseurs de la Nouvelle-ZĂ©lande paraĂźt Ă  premiĂšre vue moins spectaculaire, et plus prĂ©visible, que celle du Japon. NĂ©anmoins, il Ă©tait naturel que la puissance industrielle japonaise compensĂąt le retrait du fournisseur britannique. Le rapprochement entre l’Australie et la Nouvelle-ZĂ©lande, qui pourtant sont voisines et partagent la mĂȘme culture, fut en revanche le fruit d’un long et difficile cheminement.

Rapprochement avec l’Australie

MalgrĂ© une fraternitĂ© profonde tirant son origine de l’A.N.Z.A.C. (Australian New Zealand Army Corps), le corps d’armĂ©e commun crĂ©Ă© lors de la PremiĂšre Guerre mondiale, NĂ©o-ZĂ©landais et Australiens ont longtemps privilĂ©giĂ© les liens Ă©conomiques, politiques et affectifs avec Londres plutĂŽt que la coopĂ©ration bilatĂ©rale. Ayant grandi en regardant dans la mĂȘme direction, les deux Ă©conomies sont plus concurrentes que complĂ©mentaires, et sont restĂ©es cloisonnĂ©es jusqu’au milieu des annĂ©es 1960.

Les premiers efforts de rapprochement entre l’Australie et la Nouvelle-ZĂ©lande remontent aux tentatives britanniques d’accession au marchĂ© commun au dĂ©but des annĂ©es 1960. Ces efforts furent couronnĂ©s en 1965 par la signature du New Zealand Australia Free Trade Agreement (N.A.F.T.A.). L’objet du N.A.F.T.A. Ă©tait de promouvoir le libre-Ă©change entre les deux pays par la crĂ©ation d’une structure de nĂ©gociation permettant la rĂ©duction Ă©chelonnĂ©e des tarifs douaniers produit par produit. Avec la dĂ©colonisation des États archipels du Pacifique-Sud dans les annĂ©es 1960 et 1970, l’idĂ©e de libre-Ă©changisme s’étendit Ă  l’OcĂ©anie, et la Nouvelle-ZĂ©lande et l’Australie complĂ©tĂšrent le N.A.F.T.A. en 1977 en signant un Agreement on Tariff and Tariff Preferences, destinĂ© Ă  renforcer les liens Ă©conomiques avec les pays du Pacifique-Sud.

Si l’accord a initialement permis aux marchandises, et en particulier aux produits manufacturĂ©s, de traverser la mer de Tasman avec plus de facilitĂ©, le N.A.F.T.A. s’est vite rĂ©vĂ©lĂ© un cadre trĂšs limitĂ©. Laissant intacts tous les quotas et de nombreux droits de douane, bardĂ© de licences d’importations et d’amĂ©nagements spĂ©ciaux, contrĂŽlĂ© par une bureaucratie pesante, l’accord paraissait, Ă  la fin des annĂ©es 1970, d’un rapport douteux. AprĂšs une quinzaine d’annĂ©es d’existence, seule une centaine de firmes australiennes Ă©tait concernĂ©e, pour une valeur ne dĂ©passant pas 20 millions de dollars australiens...

Dans une sĂ©rie de discours prononcĂ©s en 1977, Brian Talboys, alors ministre adjoint des Affaires Ă©trangĂšres nĂ©o-zĂ©landais, n’estimait pas superflu de rappeler Ă  ses compatriotes que le lien avec l’Australie devait constituer «la pierre angulaire de la politique extĂ©rieure de la Nouvelle-ZĂ©lande». De tels propos, vers la fin de la dĂ©cennie, ont contribuĂ© Ă  la prise de conscience de la nĂ©cessitĂ© d’une meilleure intĂ©gration. À la suite de nĂ©gociations menĂ©es par les deux gouvernements en 1980-1982, le N.A.F.T.A. fut remplacĂ© par l’Australia New Zealand Closer Economic Relations Trade Agreement (A.N.Z.C.E.R.T.A.), plus connu sous le sigle simplifiĂ© C.E.R. (Closer Economic Relations ). Les C.E.R., qui constituent l’accord commercial bilatĂ©ral le plus important signĂ© par la Nouvelle-ZĂ©lande, visaient l’élimination progressive de tous les tarifs douaniers pour la fin de 1988 et la suppression des quotas d’importation pour 1995.

En place officiellement depuis le 1er janvier 1983, le nouveau rĂ©gime offre un bilan encourageant. L’Australie, qui en 1966 ne recevait que 5 p. 100 des exportations de la Nouvelle-ZĂ©lande, est dĂ©sormais son premier client, devant le Japon et les États-Unis. Le mouvement vers le marchĂ© unique a Ă©tĂ© favorisĂ© par l’arrivĂ©e au pouvoir des gouvernements travaillistes de Bob Hawke en Australie (mars 1983) et de David Lange en Nouvelle-ZĂ©lande (juillet 1984). Des deux cĂŽtĂ©s de la mer de Tasman, une politique libĂ©rale d’abandon des subventions, des licences d’importations et des contrĂŽles des changes a grandement facilitĂ© l’essor des Ă©changes. ParallĂšlement, une amorce de dĂ©rĂ©glementation des transports aĂ©riens a permis l’introduction de la concurrence sur les vols entre les deux pays, longtemps rĂ©servĂ©s aux compagnies nationales (Qantas et Air New Zealand). La baisse sensible des tarifs aĂ©riens qui s’est ensuivie a entraĂźnĂ© un accroissement des Ă©changes commerciaux et touristiques entre les deux pays.

Peu Ă  peu, Bob Hawke et David Lange ont Ă©largi la portĂ©e des C.E.R. Les secteurs les plus sensibles, exclus du cadre des nĂ©gociations initiales, faisaient l’objet d’accords sĂ©parĂ©s (automobile en 1984 et mĂ©tallurgie en 1987). En novembre 1987, les deux Premiers ministres dĂ©cidaient d’avancer la date du marchĂ© unique de 1995 Ă  1993. AprĂšs un premier bilan enthousiaste de cinq ans de C.E.R., menĂ© par les experts des deux pays de janvier Ă  juin 1988, B. Hawke et D. Lange signaient en aoĂ»t 1988 Ă  Canberra un nouvel accord avançant l’échĂ©ance au 1er juillet 1990. Au-delĂ  du libre-Ă©change, les nouvelles C.E.R. instaurent une harmonisation des procĂ©dures commerciales et des normes techniques.

Profitant de la plus grande fluiditĂ© des capitaux, de nombreux groupes australiens et nĂ©o-zĂ©landais ont d’ores et dĂ©jĂ  anticipĂ© la fusion des marchĂ©s en formant de vĂ©ritables groupes «trans-Tasman», tels que I.X.L.-New Zealand Forest Products (industrie forestiĂšre) ou Goodman-Fielder (agro-alimentaire). GrĂące Ă  sa filiale australienne, Industrial Equity, le NĂ©o-ZĂ©landais Ron Brierley est devenu en une dizaine d’annĂ©es l’un des financiers les plus cĂ©lĂšbres d’Australie. Le krach d’octobre 1987, particuliĂšrement sĂ©vĂšre pour les marchĂ©s boursiers de Sydney et d’Auckland qui ont tous deux perdu 50 p. 100 de leur valeur en quelques jours, a accĂ©lĂ©rĂ© l’intĂ©gration. Ce sont les entreprises dont les activitĂ©s dĂ©passent l’étroit marchĂ© national qui ont le mieux traversĂ© la tempĂȘte. Quant aux autres, leur chute a suscitĂ© une vague d’O.P.A. qui a encouragĂ© la formation de groupes australo-zĂ©landais.

5. Politique intérieure: du dirigisme au libéralisme

1976-1984: la modernisation par l’État

Les deux chocs pĂ©troliers ont Ă©tĂ© particuliĂšrement rudes pour l’économie nĂ©o-zĂ©landaise. En 1973, les matiĂšres premiĂšres que le pays achetait ont connu une hausse brutale de leurs cours, alors que celles qu’il vendait perdaient leur marchĂ©. Il en rĂ©sulte une dĂ©tĂ©rioration durable du solde commercial, que le gouvernement de Robert Muldoon (1976-1984) a tentĂ© de pallier en encourageant les «industries de substitution», en multipliant les barriĂšres douaniĂšres et les subventions aux exportations, et en fixant la devise Ă  un niveau artificiellement Ă©levĂ©.

À partir du second choc pĂ©trolier (1979), le gouvernement Muldoon porta une attention particuliĂšre aux secteurs de l’énergie et de l’industrie lourde. La Nouvelle-ZĂ©lande, en effet, n’est pas dĂ©munie de ressources miniĂšres: les sables des plages du Nord contenant du fer et des rĂ©serves de charbon considĂ©rables, Ă©valuĂ©es Ă  quelque 1 000 millions de tonnes, fournissent les bases d’une industrie sidĂ©rurgique; dans la rĂ©gion des fjords (Ăźle du Sud), l’hydroĂ©lectricitĂ© fournit une Ă©nergie abondante et bon marchĂ© (capacitĂ© de 3 500 MW), permettant la transformation de la bauxite importĂ©e d’Australie en aluminium; au large de la cĂŽte ouest de l’üle du Nord, l’important gisement de gaz naturel de Maui, dĂ©couvert en 1969 dans le golfe de Taranaki, peut alimenter une industrie pĂ©trochimique. Cherchant Ă  stimuler l’industrialisation en exploitant ces richesses, le gouvernement Muldoon met en place, Ă  la fin des annĂ©es 1970, plusieurs grands projets, surnommĂ©s Think Big (raffinerie de pĂ©trole, usine d’essence synthĂ©tique Ă  base de gaz naturel, complexe sidĂ©rurgique, etc.).

AprĂšs sept annĂ©es d’industrialisation sous l’impulsion de l’État, les rĂ©sultats semblaient limitĂ©s. La balance commerciale du pays restait fortement dĂ©ficitaire. Entre 1973 et 1983, la croissance annuelle moyenne de sa production n’était que de 0,7 p. 100, soit un tiers de celle de l’ensemble des pays de l’O.C.D.E. En terme de revenu par habitant, la Nouvelle-ZĂ©lande avait rĂ©trogradĂ© aux alentours du vingtiĂšme rang. L’inflation, accrue par les dĂ©penses publiques, atteignait 16 p. 100. Alors que d’autres pays industrialisĂ©s s’engageaient dans la voie de la libĂ©ralisation Ă©conomique, le gouvernement Muldoon cherchait Ă  endiguer la hausse des prix en multipliant les restrictions. Outre le contrĂŽle des changes et l’encadrement du crĂ©dit, le gouvernement imposait le gel des prix et des salaires en 1983-1984. En 1984, la Nouvelle-ZĂ©lande Ă©tait sans doute l’État le plus autarcique et le plus dirigiste du monde occidental, Ă  tel point que le financier nĂ©o-zĂ©landais Bob Jones qualifiait son pays d’«Albanie du Pacifique-Sud». Le problĂšme le plus grave Ă©tait une dette publique Ă©quivalant Ă  9 p. 100 du P.I.B. Pour les seuls projets Think Big, le gouvernement Muldoon laissait une facture de 7,2 milliards de dollars (30 milliards de francs)...

Le travaillisme libéral

La victoire du Parti travailliste aux Ă©lections anticipĂ©es provoquĂ©es par R. Muldoon en juillet 1984 allait apporter un changement d’orientation radical. Professant une foi inĂ©branlable dans les forces du marchĂ©, le ministre des Finances, Roger Douglas, est l’inspirateur Ă©ponyme d’une sĂ©rie de rĂ©formes sans prĂ©cĂ©dent. Les «Rogernomics» affectent en effet de façon profonde tous les secteurs de l’économie nĂ©o-zĂ©landaise:

– L’agriculture: toutes les subventions Ă  la production et Ă  l’exportation introduites par le gouvernement Muldoon, notamment concernant la laine et la viande, Ă©taient supprimĂ©es par le nouveau gouvernement dĂšs 1984.

– L’industrie: les licences d’importations, aprĂšs avoir Ă©tĂ© mises aux enchĂšres en 1984, ont Ă©tĂ© pour la plupart abolies. Les subventions et droits de douane ont Ă©tĂ© considĂ©rablement rĂ©duits. Toutefois, dix-sept secteurs menacĂ©s (dont l’acier, l’automobile, la confection, etc.) font l’objet de «plans industriels» (Industry Plans ), menant Ă  une libĂ©ralisation Ă©chelonnĂ©e.

– La banque et les finances: dĂšs son arrivĂ©e au pouvoir, le nouveau gouvernement a libĂ©rĂ© les taux d’intĂ©rĂȘts et supprimĂ© les taux de rĂ©serves obligatoires. Il a Ă©liminĂ© les contrĂŽles des changes, en place depuis les annĂ©es 1930. AprĂšs avoir immĂ©diatement dĂ©valuĂ© le dollar de 20 p. 100, le gouvernement dĂ©cida en mars 1985 de le laisser flotter. En 1986, le secteur bancaire, traditionnellement dominĂ© par la «bande des quatre» (Bank of New Zealand, National Bank of New Zealand, Australia and New Zealand Corporation, Westpac), est ouvert Ă  la concurrence intĂ©rieure et Ă©trangĂšre.

– La politique budgĂ©taire et fiscale: le gouvernement s’est lancĂ© dans une refonte totale d’un systĂšme fiscal complexe hĂ©ritĂ© des annĂ©es 1950, axĂ© sur une lourde fiscalitĂ© directe. Dans un premier temps, en 1986, le gouvernement a rĂ©duit l’impĂŽt sur le revenu, prĂ©levĂ© Ă  la source, qui pĂ©nalisait l’initiative. Ces dĂ©grĂšvements Ă©taient compensĂ©s par la fermeture de nombreuses Ă©chappatoires permettant aux hauts revenus de passer Ă  travers les mailles du filet, et par l’introduction en octobre 1986 d’une taxe de 10 p. 100 sur tous les biens et services (Goods and Services Tax). Dans un second temps, Ă  la suite de l’échec d’un projet de taux unique d’impĂŽt sur le revenu jugĂ© politiquement dangereux parce que trop favorable aux hauts revenus, le gouvernement poursuivait dans la voie de la rĂ©duction et de la simplification de la fiscalitĂ© directe en adoptant, en fĂ©vrier 1988, un barĂȘme Ă  deux tranches: les revenus infĂ©rieurs Ă  30 875 dollars annuels (correspondant Ă  un salaire brut mensuel d’environ 9 300 francs) sont imposĂ©s Ă  24 p. 100. Au-dessus de 30 875 dollars de revenus annuels, le taux d’imposition passe Ă  33 p. 100. De plus, la taxe professionnelle, dont le taux est passĂ© de 48 Ă  28 p. 100 en avril 1988 (33 p. 100 pour les sociĂ©tĂ©s Ă©trangĂšres), est dĂ©sormais l’une des plus basses au monde. AprĂšs avoir figurĂ©, avec les pays scandinaves, parmi les pays de l’O.C.D.E. oĂč la fiscalitĂ© directe Ă©tait la plus lourde, la Nouvelle-ZĂ©lande a dĂ©passĂ© les États-Unis et la Grande-Bretagne dans la voie de l’allĂšgement fiscal, et de nombreux pays, dont le partenaire australien, Ă©tudient de prĂšs les rĂ©sultats de cette politique s’inspirant des dĂ©fenseurs de l’«économie de l’offre».

– Les privatisations et rĂ©formes de la fonction publique: l’État nĂ©o-zĂ©landais a acquis de longue date une forte participation dans un certain nombre d’entreprises commerciales. Le gouvernement travailliste a dĂ©cidĂ© de vendre les parts de l’État dans celles qui sont «rentables et dont le contrĂŽle par la puissance publique est totalement injustifié» (D. Lange, juin 1987). Ainsi, New Zealand Steel (sidĂ©rurgie), Development Finance Corporation (financement de lancement d’entreprises), Petrocorp (pĂ©trochimie) et Air New Zealand (transports aĂ©riens) ont Ă©tĂ© privatisĂ©es ou sont en cours de privatisation. Le but des privatisations est d’assurer un meilleur fonctionnement du marchĂ©. Aussi les a-t-on accompagnĂ©es d’un rĂ©tablissement de la concurrence: l’introduction, en 1987, sur le marchĂ© intĂ©rieur aĂ©rien d’une filiale du transporteur australien Ansett a prĂ©ludĂ© Ă  la vente par l’État d’une partie de ses actions d’Air New Zealand. De mĂȘme, la vente de Petrocorp, en 1988, s’est effectuĂ©e parallĂšlement au dĂ©mantĂšlement de la rĂ©gulation sur les hydrocarbures.

En outre, pour un certain nombre d’entreprises destinĂ©es Ă  demeurer publiques, le gouvernement travailliste a inventĂ© une Ă©tape intermĂ©diaire, la corporatisation. En avril 1987, neuf State Owned Enterprises ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©es: Electricity Corporation, Forestry Corporation, Land Corporation, Telecom, Government Property Services Corporation, Coal Corporation, NZ Post, Post Office Bank, Airways Corporation. En vingt ans, l’ensemble de ces entreprises, qui reprĂ©sentent 12,5 p. 100 du P.I.B. et 20 p. 100 des investissements du pays, avaient engouffrĂ© environ 5 milliards de dollars en dĂ©penses de capital. En 1986, le rendement net aprĂšs impĂŽt de cet investissement Ă©tait nul. Bien que l’État demeure le principal actionnaire des State Owned Enterprises, la corporatisation signifie le remplacement de la tutelle ministĂ©rielle directe par des mĂ©thodes de gestion modernes, appliquĂ©es par des managers professionnels qui travaillent avec des contraintes et des objectifs aussi proches des conditions du marchĂ© que possible. Ne bĂ©nĂ©ficiant plus de privilĂšges fiscaux ou de prĂȘts gouvernementaux Ă  des taux prĂ©fĂ©rentiels, ils devront s’approvisionner sur les marchĂ©s financiers ordinaires, verser l’impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s ainsi que des dividendes aux actionnaires. Les corporatisations ont Ă©tĂ© une indĂ©niable rĂ©ussite. Les restructurations accomplies par la Forestry Corporation, qui gĂšre la majeure partie de la forĂȘt nĂ©o-zĂ©landaise, et par la Coal Corporation, qui exploite les gisements de charbon, ont entraĂźnĂ© des gains de production de 20 p. 100. Toutefois, l’introduction d’une logique commerciale a pu se rĂ©vĂ©ler difficile Ă  concilier avec la mission de service public que certains de ces organismes ont conservĂ©e. Ainsi, l’opinion s’est Ă©mue, Ă  la fin de 1987, de la fermeture par New Zealand Post de nombreux bureaux de poste isolĂ©s.

Les rĂ©formes esquissĂ©es dans le secteur social et de l’emploi constituent les aspects les plus controversĂ©s de la politique de R. Douglas. À la suite d’un rapport publiĂ© en avril 1988, le gouvernement travailliste a annoncĂ© une rĂ©vision radicale d’un systĂšme d’aide sociale presque centenaire qui absorbe 55 p. 100 des dĂ©penses de l’État. L’introduction d’un souci de rentabilitĂ© – par exemple, la suppression de la gratuitĂ© des mĂ©dicaments – marque un changement d’orientation fondamental par rapport Ă  la philosophie Ă©galitaire dominante depuis l’ùre Savage. Pour R. Douglas, l’État ne doit plus ĂȘtre le principal fournisseur de prestations sociales. Le gouvernement envisage en outre une rĂ©forme d’un marchĂ© de l’emploi caractĂ©risĂ© par une structure de nĂ©gociation tripartite entre l’État, les employeurs et les syndicats.

La fin de l’innocence

Les effets de la libĂ©ralisation abrupte et radicale entreprise par le gouvernement Lange sont mitigĂ©s. Pour la premiĂšre fois depuis les annĂ©es 1940, les comptes de la nation Ă©taient lĂ©gĂšrement excĂ©dentaires en 1987-1988. Bien qu’obtenu grĂące Ă  des privatisations qui se sont Ă©levĂ©es Ă  1,8 milliard de dollars (6 milliards de francs), ce rĂ©sultat est Ă  mettre au crĂ©dit de R. Douglas, qui avait trouvĂ© un dĂ©ficit de 9 p. 100 du P.I.B. en 1984. Par ailleurs, pour la premiĂšre fois depuis 1974, l’inflation est descendue en 1987 au-dessous de 10 p. 100 (9,6 p. 100).

Ces succĂšs sont toutefois Ă©clipsĂ©s par plusieurs points sombres qui risquent de retarder la reprise de l’économie. Le plus alarmant est une dette publique considĂ©rable, dont le service grĂšve 20 p. 100 du budget annuel de l’État. En 1988, l’endettement extĂ©rieur de la Nouvelle-ZĂ©lande s’élevait Ă  plus de 42 milliards de dollars (160 milliards de francs), soit 80 p. 100 du P.I.B. Depuis le dĂ©but des annĂ©es 1980, la dette extĂ©rieure nĂ©o-zĂ©landaise par habitant est plus Ă©levĂ©e que celle du Mexique ou du BrĂ©sil. Sur le plan intĂ©rieur, la dette publique a contribuĂ© Ă  maintenir les taux d’intĂ©rĂȘt rĂ©els aux alentours de 8-10 p. 100 depuis leur libĂ©ration en 1984. La chertĂ© du crĂ©dit a fait de nombreuses victimes, notamment chez les agriculteurs endettĂ©s, affectĂ©s d’autre part par l’abandon des subventions. Entre 1984 et 1986, le revenu agricole moyen a chutĂ© de 50 p. 100. La hausse des taux d’intĂ©rĂȘt s’est surtout traduite par un ralentissement gĂ©nĂ©ralisĂ© de l’économie Ă  partir de la mi-1985, aggravĂ© par le krach boursier d’octobre 1987, qui pourrait se prolonger jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1990. En 1987-1988, la croissance a Ă©tĂ© nĂ©gative, et le chĂŽmage, qui atteignait 6 p. 100 en 1988, a fait son apparition dans ce pays accoutumĂ© au plein emploi.

La pĂ©riode 1987-1988 a Ă©tĂ© celle des dĂ©senchantements. Outre l’opposition de plus en plus dĂ©clarĂ©e d’une base travailliste traditionnelle rĂ©fractaire Ă  la mystique du marchĂ© et de l’austĂ©ritĂ© professĂ©e par R. Douglas, les milieux d’affaires ont commencĂ© Ă  critiquer ouvertement la gestion du gouvernement. Ceux qui sanctionnent celle-ci en quittant le pays sont de plus en plus nombreux. En 1987, 16 000 NĂ©o-ZĂ©landais, ayant pour la plupart une haute qualification, s’installĂšrent de l’autre cĂŽtĂ© de la mer de Tasman, attirĂ©s par des salaires plus Ă©levĂ©s, des prix et des taux d’intĂ©rĂȘt plus bas, et un climat plus ensoleillĂ©...

Les NĂ©o-ZĂ©landais font pour la premiĂšre fois l’expĂ©rience de graves problĂšmes sociaux. Les fermetures d’entreprises et les faillites d’exploitations agricoles ont provoquĂ© un exode vers les villes, notamment vers la mĂ©tropole d’Auckland, oĂč sĂ©vissent en nombre croissant des bandes d’adolescents sans foyer (street kids ) et des gangs organisĂ©s (comme la redoutĂ©e Mongrel Mob ).

L’aggravation de la misĂšre et de la dĂ©linquance a fait voler en Ă©clats le mythe de l’égalitĂ© raciale. En ce qui concerne le chĂŽmage, la criminalitĂ©, la mortalitĂ© infantile, le suicide et l’échec scolaire, la population maorie est fortement dĂ©savantagĂ©e. Revendiquant le respect des droits consacrĂ©s par le traitĂ© de Waitangi, le mouvement maori connaĂźt depuis 1984 un regain de militantisme. C’est dans le domaine foncier que le mouvement maori a remportĂ© ses plus importantes victoires. Une commission d’enquĂȘte crĂ©Ă©e en 1975, le Waitangi Tribunal, acquĂ©rait en 1985 le pouvoir d’examiner tous litiges portant sur la terre et les droits de pĂȘche. Depuis 1986, de nombreux tribunaux ont suivi ses recommandations, ordonnant la restitution aux tribus maories de terrains et de zĂŽnes cĂŽtiĂšres.

Les quelque 150 affaires de ce type examinĂ©es par les tribunaux nĂ©o-zĂ©landais concernent 60 p. 100 du territoire du pays et la quasi-totalitĂ© de son littoral... La vague de litiges a accentuĂ© les tensions entre certains Pakehas (blancs) qui craignent, Ă  tort selon le gouvernement, de se voir dĂ©possĂ©dĂ©s, et des extrĂ©mistes maoris dont les espoirs paraissent irrĂ©alistes. À GenĂšve, en aoĂ»t 1988, l’un d’eux accusait la Nouvelle-ZĂ©lande de pratiquer «l’apartheid et le gĂ©nocide culturel».

Pour un peuple qui se prĂ©sentait volontiers comme un modĂšle de sĂ©curitĂ©, d’égalitarisme social et d’intĂ©gration raciale, la seconde moitiĂ© des annĂ©es 1980 aura marquĂ© la fin d’un Ăąge d’innocence.

6. Évolution de la politique Ă©trangĂšre

À la dĂ©couverte du Pacifique-Sud

Deux Ă©vidences ont traditionnellement sous-tendu la politique de dĂ©fense de la Nouvelle-ZĂ©lande. D’une part, le pays est trop faible pour prendre en charge sa propre sĂ©curitĂ© ; celle-ci doit ĂȘtre garantie par une puissance navale protectrice. D’autre part, la dĂ©fense du pays doit ĂȘtre «en avant»: engagĂ©e dans une alliance avec une puissance lointaine, la Nouvelle-ZĂ©lande ne peut s’en tenir Ă  la simple dĂ©fense de ses cĂŽtes.

Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la sĂ©curitĂ© de la Nouvelle-ZĂ©lande, comme celle de l’Australie, reposait entiĂšrement sur l’espoir qu’en cas de menace dans le Pacifique la flotte britannique se porterait immĂ©diatement au secours des dominions. Cet espoir justifiait l’envoi immĂ©diat en Europe de troupes A.N.Z.A.C. au cours des deux guerres mondiales. Le mythe d’une Grande-Bretagne protectrice et maĂźtresse des mers s’est effondrĂ© avec la destruction par l’armĂ©e japonaise de la base de Singapour en fĂ©vrier 1942. La grande puissance alliĂ©e Ă©tait dĂ©sormais les États-Unis. Lors de la crĂ©ation du Ministry of External Affairs en 1943, la premiĂšre reprĂ©sentation nĂ©o-zĂ©landaise Ă  l’étranger fut ouverte Ă  Washington.

AprĂšs 1945, Australiens et NĂ©o-ZĂ©landais cherchĂšrent Ă  obtenir la garantie des États-Unis contre un Ă©ventuel rĂ©armement du Japon. La victoire communiste en Chine (1949) et le dĂ©but de la guerre de CorĂ©e (1950) eurent raison des rĂ©ticences de l’administration Truman contre le projet de «pacte Pacifique», et le traitĂ© tripartite entre l’Australie, la Nouvelle-ZĂ©lande et les États-Unis (A.N.Z.U.S.) fut signĂ© Ă  San Francisco en septembre 1951. Sur l’insistance de Washington, ce pacte excluait la Grande-Bretagne.

Certes, la rupture du lien de dĂ©fense avec le Royaume-Uni n’a pas Ă©tĂ© brutale. Le Premier ministre Holland mit un point d’honneur Ă  soutenir la malencontreuse Ă©quipĂ©e franco-britannique de Suez en 1956. La solidaritĂ© militaire avec la Grande-Bretagne fut encore manifeste lors de la guerre des Malouines en 1982, quand R. Muldoon plaça un vaisseau Ă  la disposition de la flotte britannique. Mais, malgrĂ© ce fonds d’anglophilie indĂ©racinable, la Nouvelle-ZĂ©lande des annĂ©es 1950 et 1960 a concentrĂ© sa politique de sĂ©curitĂ© non pas sur l’Europe, mais sur la rĂ©gion Asie-Pacifique. Elle dĂ©pĂȘche un contingent en CorĂ©e, signe le traitĂ© de Manille (1954) crĂ©ant l’O.T.A.S.E. dont le but est de protĂ©ger la propagation du communisme dans le Sud-Est asiatique, et participe Ă  la guerre du Vietnam par l’envoi de conseillers militaires, puis de troupes. Les liens avec le Commonwealth lui-mĂȘme se focalisent sur l’Asie. En 1949, une guĂ©rilla communiste menaçant les territoires britanniques de Malaisie et Singapour, les A.N.Z.A.C. s’engagent, par un accord informel avec Londres, Ă  participer Ă  la dĂ©fense de la zone dite A.N.Z.A.M. (Australia, New Zealand and Malaysia). L’Australie et la Nouvelle-ZĂ©lande installent une unitĂ© aĂ©rienne Ă  Singapour, renforcĂ©e en 1955 par la crĂ©ation de la «rĂ©serve stratĂ©gique du Commonwealth», comprenant Ă©galement un bataillon d’infanterie.

Dans les deux premiĂšres dĂ©cennies d’aprĂšs-guerre, la Nouvelle-ZĂ©lande dĂ©place le centre de gravitĂ© de sa politique de dĂ©fense de l’Europe vers l’Asie. À partir de la seconde moitiĂ© des annĂ©es 1960, elle concentrera sa politique de dĂ©fense et sa diplomatie sur son environnement immĂ©diat. AprĂšs s’ĂȘtre dĂ©couvert pays du Pacifique, la Nouvelle-ZĂ©lande devient un pays du Pacifique-Sud. En 1957, le Livre blanc sur la dĂ©fense (Defense Review ) plaçait l’environnement immĂ©diat en queue de liste dans la rubrique «obligations et engagements», et celui de 1961 affirmait que la dĂ©fense du pays «n’a jamais Ă©tĂ© de caractĂšre principalement local». DĂšs la fin des annĂ©es 1960, l’accĂšs Ă  l’indĂ©pendance des anciennes colonies du Pacifique-Sud accroĂźt l’importance du contexte rĂ©gional. En 1971, Ă  l’initiative de Wellington, est crĂ©Ă© le Forum du Pacifique-Sud, qui accueille un Ă  un les États indĂ©pendants d’OcĂ©anie. En 1972, les derniĂšres troupes nĂ©o-zĂ©landaises sont retirĂ©es du Vietnam par le gouvernement travailliste nouvellement Ă©lu, alors que la Defense Review mettait l’accent sur l’environnement rapprochĂ© du pays. Le Livre blanc de 1978 confirme en toutes lettres que «l’ùre de la dĂ©fense en avant (en Asie) est terminĂ©e». Dans les annĂ©es 1980, la Nouvelle-ZĂ©lande a restreint ses intĂ©rĂȘts vitaux Ă  sa propre zone Ă©conomique exclusive de 200 milles et Ă  celle de ses territoires associĂ©s en PolynĂ©sie (Niue, Ăźles Cook).

Les gouvernements travaillistes ont jouĂ© un rĂŽle particulier dans la focalisation sur le Pacifique-Sud. Peter Fraser, Premier ministre et ministre des Affaires Ă©trangĂšres de 1940 Ă  1949, et son homologue australien Herbert Vere Evatt font figure de prĂ©curseurs. Le pacte de Canberra qu’ils signĂšrent en janvier 1944, nĂ© de la crainte de voir les États-Unis conserver leurs bases dans le Pacifique aprĂšs la guerre, affirme que l’avenir des petites nations du Pacifique ne pourra se dĂ©cider sans l’accord de Wellington et de Canberra. Par la crĂ©ation des Trust Funds (1944) et de la Commission du Pacifique-Sud (1947), Fraser et Evatt posĂšrent les jalons d’une solidaritĂ© entre les A.N.Z.A.C. et les archipels du Pacifique-Sud. À la fin des annĂ©es 1950, le travailliste W. Nash prend ses distances vis-Ă -vis de la stratĂ©gie des États-Unis en Asie, en minimisant l’importance de l’O.T.A.S.E. En 1959, dans l’affaire du Laos, État «protocolaire» du traitĂ© de Manille, il condamne toute intervention amĂ©ricaine contre le Pathet Lao, soupçonnĂ© d’ĂȘtre soutenu par le Vietcong. N. Kirk, conformĂ©ment aux engagements qu’il avait pris dĂšs 1969, retire les derniĂšres troupes nĂ©o-zĂ©landaises du Vietnam en 1972 et participe Ă  la dissolution de l’O.T.A.S.E. en 1975. Le gouvernement Lange consacre la prioritĂ© accordĂ©e au Pacifique-Sud: le Livre blanc sur la dĂ©fense, publiĂ© en fĂ©vrier 1987, prĂ©voit pour 1992 le retrait des unitĂ©s nĂ©o-zĂ©landaises stationnĂ©es Ă  Singapour dans le cadre de l’accord des cinq puissances (Royaume-Uni, Malaisie, Singapour, Australie, Nouvelle-ZĂ©lande). ParallĂšlement, David Lange accroĂźt l’aide extĂ©rieure, destinĂ©e dans sa quasi-totalitĂ© aux micro-États de PolynĂ©sie. La part de cette aide dans le P.I.B., qui s’élevait Ă  0,6 p. 100 en 1986, se rapprochait ainsi de l’objectif de 1 p. 100 fixĂ© par N. Kirk.

En plaçant davantage l’accent sur son rĂŽle de puissance rĂ©gionale, la Nouvelle-ZĂ©lande a Ă©tĂ© conduite Ă  dĂ©velopper certains thĂšmes. Le recentrage gĂ©ographique s’est traduit par une certaine Ă©volution politique.

L’allergie antinuclĂ©aire

Au cours des annĂ©es 1970, l’opposition aux armements nuclĂ©aires est devenu l’un des thĂšmes centraux de la politique Ă©trangĂšre de la Nouvelle-ZĂ©lande. L’émergence du militantisme antinuclĂ©aire est Ă©troitement associĂ©e Ă  l’identification croissante du pays Ă  la communautĂ© des États du Pacifique-Sud. En effet, cette rĂ©gion est une zone maritime, dont la dĂ©fense est assurĂ©e par le passage de navires, et non par la prĂ©sence d’armĂ©es ou le stationnement de missiles. De plus, le Pacifique-Sud Ă©tant Ă  l’écart des conflits entre grandes puissances, les NĂ©o-ZĂ©landais considĂšrent la prĂ©sence d’armements nuclĂ©aires comme un facteur de dĂ©stabilisation plutĂŽt que de sĂ©curitĂ©. Enfin, dans un pays oĂč l’hydroĂ©lectricitĂ© fournit une Ă©nergie abondante et bon marchĂ©, on ne conçoit pas mĂȘme la nĂ©cessitĂ© d’une Ă©nergie nuclĂ©aire. En tant que source de sĂ©curitĂ© ou d’électricitĂ©, le nuclĂ©aire ne fait pas partie du paysage nĂ©o-zĂ©landais.

Il est important de noter que cette allergie est loin d’ĂȘtre un sentiment prĂ©cis et univoque. Par-delĂ  le consensus sur l’idĂ©e trĂšs gĂ©nĂ©rale que le nuclĂ©aire est une chose dangereuse, les sensibilitĂ©s politiques peuvent s’opposer sur de nombreux points. Certains adoptent une position morale contre la dissuasion nuclĂ©aire en soi, la condamnant pour tous pays; d’autres jugent simplement qu’elle est inadaptĂ©e au contexte du Pacifique-Sud; certains rejettent uniformĂ©ment le stationnement et le passage d’engins porteurs de tĂȘtes nuclĂ©aires; d’autres tolĂšrent le transit d’armes mobiles; certains rĂ©cusent dans un mĂȘme souffle les navires porteurs d’armes mobiles et les vaisseaux Ă  propulsion nuclĂ©aire, quel que soit leur armement; d’autres rĂ©servent leurs foudres pour les armements... Enfin, pour la grande majoritĂ© des citoyens nĂ©o-zĂ©landais, l’opposition aux armes nuclĂ©aires se rĂ©sume Ă  un sentiment aussi lĂ©gitime que passionnel selon lequel ces armes sont dĂ©testables, sans que les questions de technique ou de politique soient clairement formulĂ©es.

Le rejet des armes nuclĂ©aires par l’opinion exerce une forte pression sur les gouvernements nĂ©o-zĂ©landais. Cette pression s’est traduite par une activitĂ© dans les enceintes internationales axĂ©e sur deux thĂšmes: l’opposition aux essais nuclĂ©aires et l’instauration d’une zone dĂ©nuclĂ©arisĂ©e.

Le premier de ces thĂšmes est mis en avant par le gouvernement travailliste de W. Nash. En 1958, la Nouvelle-ZĂ©lande est responsable d’une premiĂšre rĂ©solution de l’O.N.U. proscrivant les essais nuclĂ©aires. Dans les annĂ©es 1960 et 1970, la Nouvelle-ZĂ©lande s’oppose aux essais atmosphĂ©riques français en PolynĂ©sie. En 1973, les images montrant la marine française repoussant les deux frĂ©gates envoyĂ©es par le gouvernement Kirk Ă  Mururoa font le tour du monde. En 1975, le contentieux est menĂ© devant la Cour internationale de justice de La Haye, dont le verdict condamne implicitement les essais atmosphĂ©riques français. Depuis que la France conduit ses essais en sous-sol, la Nouvelle-ZĂ©lande a tentĂ© d’imposer l’interdiction totale des essais nuclĂ©aires (Comprehensive Test Ban), notamment par un projet de rĂ©solution rĂ©digĂ© en 1983 en collaboration avec le Japon, les Pays-Bas, l’Australie, la SuĂšde et la NorvĂšge.

Sur le plan rĂ©gional, le combat antinuclĂ©aire a Ă©tĂ© menĂ© autour de l’idĂ©e d’une zone dĂ©nuclĂ©arisĂ©e. EncouragĂ© par la signature du traitĂ© de Tlatelolco (1967) instaurant une telle zone en AmĂ©rique latine, le gouvernement travailliste, en dĂ©cembre 1975, faisait voter par l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’O.N.U. le premier projet de dĂ©nuclĂ©arisation du Pacifique-Sud. Vaincu aux Ă©lections, il n’eut pas le temps de mettre en Ɠuvre ce projet. C’est au sein du Forum du Pacifique-Sud que le gouvernement travailliste suivant poursuivra ses efforts. Lors de la rĂ©union du Forum en aoĂ»t 1984, David Lange apporte son soutien au projet de South Pacific Nuclear Free Zone (S.P.N.F.Z.) introduit l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente par le gouvernement travailliste australien. Le traitĂ© de Rarotonga, prohibant «l’acquisition, le stockage, le dĂ©versement de dĂ©chets, le stationnement et l’essai d’armes nuclĂ©aires» dans le Pacifique sud, Ă©tait signĂ© par les pays du Forum en aoĂ»t 1985. Ce projet mettra bien entendu la Nouvelle-ZĂ©lande et l’Australie en conflit avec la France, seul contrevenant aux termes du traitĂ©. Mais il entraĂźnera Ă©galement une rĂ©action hostile de la part des États-Unis. Choisissant la solidaritĂ© atlantique, Washington annonçait en fĂ©vrier 1987 son refus de signer les protocoles destinĂ©s aux puissances nuclĂ©aires. Reconnue par deux puissances nuclĂ©aires (Chine et U.R.S.S.) sur cinq, la S.P.N.F.Z. demeure lettre morte.

Davantage que la politique rĂ©gionale, ce sera la politique antinuclĂ©aire nationale de la Nouvelle-ZĂ©lande qui prĂ©cipitera la fin de l’A.N.Z.U.S. DĂšs la fin des annĂ©es 1970, alors que l’arrivĂ©e de navires amĂ©ricains Ă  propulsion nuclĂ©aire engendrait des manifestations paralysant le port de Wellington, de nombreux travaillistes attachaient manifestement davantage d’importance Ă  une politique antinuclĂ©aire pure et dure qu’au maintien de l’A.N.Z.U.S. Une enquĂȘte menĂ©e en 1978 rĂ©vĂ©lait que 49 p. 100 des candidats travaillistes Ă  la dĂ©putation souhaitaient une «modification» des termes de l’A.N.Z.U.S. Lors de la campagne Ă©lectorale de 1984, David Lange s’était engagĂ© Ă  refuser le droit d’escale aux navires nuclĂ©aires, et avait envisagĂ© une «renĂ©gociation» de l’A.N.Z.U.S.

Pour les États-Unis, s’il Ă©tait envisageable de ne pas solliciter le droit d’escale pour les navires Ă  propulsion nuclĂ©aire, aisĂ©ment repĂ©rables, il Ă©tait impossible, pour des raisons Ă©videntes de sĂ©curitĂ©, de fournir des renseignements concernant les armements se trouvant sur des navires Ă  propulsion classique. Une fois au pouvoir, les travaillistes nĂ©o-zĂ©landais ne pouvaient Ă©viter une rupture de l’A.N.Z.U.S. qu’au prix d’une rĂ©vision complĂšte des engagements Ă©lectoraux qui avaient assurĂ© leur victoire. Escomptant sans doute un assouplissement semblable Ă  celui du gouvernement Hawke en Australie, le secrĂ©taire d’État amĂ©ricain George Shultz, de passage en Nouvelle-ZĂ©lande en juillet 1984, accordait au nouveau gouvernement un moratoire de rĂ©flexion de six mois.

En janvier 1985, Washington sollicita le droit d’escale pour l’U.S.S. Buchanan , navire capable de porter des armes nuclĂ©aires. Le refus du gouvernement Lange d’accorder le droit d’escale sans assurances concernant la nature des armements entraĂźna, dans un premier temps, la mise entre parenthĂšses provisoire de la Nouvelle-ZĂ©lande au sein de l’A.N.Z.U.S. (opĂ©rations militaires jointes supprimĂ©es, suspension de garantie, interruption du flux de renseignements militaires). En juin 1987, le vote d’une loi antinuclĂ©aire au Parlement nĂ©o-zĂ©landais, rendant difficile toute rĂ©vision de la politique actuelle par un gouvernement futur, amena les États-Unis Ă  mettre un terme dĂ©finitif Ă  l’A.N.Z.U.S.

Anticolonialisme et relations avec la France

Comme beaucoup de petites nations, la Nouvelle-ZĂ©lande cherche volontiers Ă  exprimer ses positions dans le cadre d’organisations internationales. M. Savage (1935-1940) avait exercĂ© un rĂŽle important Ă  la SociĂ©tĂ© des nations. AprĂšs la Seconde Guerre mondiale, P. Fraser, qui prĂ©sida la commission chargĂ©e de rĂ©diger la clause de la charte des Nations unies sur les territoires sous tutelle, axait de mĂȘme sa politique Ă©trangĂšre sur une pleine participation Ă  l’O.N.U. Sous son impulsion, la Nouvelle-ZĂ©lande devint un membre actif du Conseil de tutelle (Trusteeship Council). SuccĂ©dant au rĂ©gime des mandats de la S.D.N., le systĂšme de tutelle mis en place par les Nations unies constituait une Ă©tape de transition vers l’indĂ©pendance. Les Ăźles Samoa, placĂ©es sous tutelle nĂ©o-zĂ©landaise en 1945, furent le premier archipel du Pacifique-Sud Ă  accĂ©der Ă  l’indĂ©pendance en 1962.

L’arrivĂ©e au pouvoir du gouvernement travailliste en juillet 1984 correspond au dĂ©but de troubles violents en Nouvelle-CalĂ©donie entre le F.L.N.K.S. et les opposants Ă  l’indĂ©pendance. Si le gouvernement nĂ©o-zĂ©landais a maintes fois marquĂ© son soutien Ă  la cause indĂ©pendantiste, il convient toutefois de distinguer ce soutien des positions plus extrĂȘmes prises par d’autres États de la rĂ©gion, notamment l’Australie. Les gouvernements nĂ©o-zĂ©landais ont toujours Ă©tĂ© favorables Ă  une Ă©volution progressive vers l’indĂ©pendance, soit par le rĂ©gime de tutelle, soit par celui de la libre-association (free association ), qui tous deux impliquent une phase transitoire de souverainetĂ© limitĂ©e. Le statut de large autonomie dont jouit la PolynĂ©sie française n’a jamais attirĂ© de critiques de la part de Wellington, et D. Lange a soutenu l’éphĂ©mĂšre plan d’«indĂ©pendance-association» Ă©laborĂ© par E. Pisani (1985). S’il a vigoureusement condamnĂ© le statut Pons (1987), sans toutefois pouvoir rallier une majoritĂ© aux Nations unies en dĂ©cembre 1987, le gouvernement nĂ©o-zĂ©landais n’en a pas moins saluĂ© la politique d’aide mise en place par le secrĂ©tariat d’État au Pacifique-Sud en 1986. En septembre 1987, le ministre nĂ©o-zĂ©landais des Affaires Ă©trangĂšres R. Marshall dĂ©clarait qu’une certaine forme de prĂ©sence française dans le Pacifique-Sud Ă©tait «la bienvenue». Un an plus tard, il applaudissait Ă  l’accord sur la Nouvelle-CalĂ©donie conclu par le F.L.N.K.S., le R.P.C.R. et le gouvernement de Michel Rocard.

AprĂšs que les tragiques Ă©vĂ©nements d’OuvĂ©a en avril-mai 1988 eussent relancĂ© la querelle verbale entre les deux pays, la victoire du Parti socialiste aux Ă©lections prĂ©sidentielle et lĂ©gislatives de 1988 entraĂźna une amĂ©lioration sensible des rapports entre les deux pays. Toutefois, il est probable que ces rapports resteront entachĂ©s par l’affaire Ă  rebondissements du Rainbow Warrior . Le 10 juillet 1985, une Ă©quipe de la D.G.S.E. fait exploser dans le port d’Auckland un bateau de l’organisation Greenpeace, faisant une victime. L’arrestation de deux des agents impliquĂ©s et la reconnaissance par la France de sa responsabilitĂ© ont menĂ© les deux pays au bord de la rupture diplomatique. Pour la Nouvelle-ZĂ©lande, l’importance de cette affaire est en effet considĂ©rable: en cent cinquante ans d’histoire, aucun État Ă©tranger n’avait encore violĂ© l’intĂ©gritĂ© de son territoire, et loin d’en ĂȘtre diminuĂ©e, l’amertume a Ă©tĂ© accrue par le fait que le pays en faute est un alliĂ©. AprĂšs la condamnation pour homicide involontaire en novembre 1985 des deux agents, la France a conclu, en juin 1986, un accord avec la Nouvelle-ZĂ©lande, aux termes duquel ceux-ci Ă©taient transfĂ©rĂ©s pour une durĂ©e de cinq ans sur l’atoll d’Hao, en PolynĂ©sie française. Le rapatriement pour raisons mĂ©dicales des deux agents en dĂ©cembre 1987 et en mai 1988 a accru le diffĂ©rend avec Wellington.

Nouvelle-ZĂ©lande
(en angl. New Zealand) Ă©tat d'OcĂ©anie, archipel qui s'Ă©tire sur 1 500 km, Ă  2 000 km au S.-E. de l'Australie; 268 675 kmÂČ; 3 435 000 hab. (NĂ©o-ZĂ©landais), croissance dĂ©mographique: 1 % par an; cap. Wellington (dans l'Ăźle du Nord). Nature de l'Ă©tat: rĂ©p. parlementaire membre du Commonwealth. Langue officielle: anglais. Monnaie: dollar nĂ©o-zĂ©landais. Population: EuropĂ©ens (90 %), Maoris (10 %) dont le taux de natalitĂ© est trĂšs Ă©levĂ©. Relig.: protestants (en majoritĂ©). GĂ©ogr. et Ă©con. - L' Ăźle du Nord, volcanique, groupe 75 % de la pop. dans les plaines littorales (ville princ. Auckland); l' Ăźle du Sud, montagneuse (Alpes nĂ©o-zĂ©landaises: 3 764 m au mont Cook), est surtout peuplĂ©e sur la cĂŽte E. (ville princ. Christchurch). Le climat, ocĂ©anique humide, est favorable aux forĂȘts et aux herbages. La pop. est urbanisĂ©e Ă  plus de 80 %. L'Ă©levage ovin, trĂšs important, alimente l'exportation (viande, laine); l'industrie (textile, mĂ©tallurgie, papeterie) dispose d'une hydroĂ©lectricitĂ© abondante; on a extrait 11,5 t d'or en 1995. Le revenu par hab. est trĂšs Ă©levĂ©. Les princ. partenaires Ă©con. sont les È.-U., le Japon, l'Australie et la G.-B. Hist. - DĂ©couverte par le Hollandais Tasman (1642), la Nouvelle-ZĂ©lande fut reconnue par Cook (1769). En 1840, les Maoris abandonnĂšrent leur souverainetĂ© Ă  la G.-B., qui malgrĂ© l'accord s'empara de leurs terres. Il y eut plusieurs guerres (1840-1847, 1860-1870). Dominion en 1907, le pays eut une lĂ©gislation sociale trĂšs avancĂ©e et devint indĂ©p. au sein du Commonwealth en 1931. Le pouvoir est exercĂ© par les conservateurs du Parti national (surtout) et les travaillistes (1972-1975, 1984-1990). Tous condamnent les essais nuclĂ©aires français dans le Pacifique. Au pouvoir de 1990 Ă  1997, le conservateur Jim Bolger a appliquĂ© une politique libĂ©rale qu'avaient amorcĂ©e les prĂ©cĂ©dents cabinets travaillistes: il a gĂ©nĂ©ralisĂ© les privatisations, aboli les subventions, rĂ©duit les "avantages sociaux"; le chĂŽmage et l'inflation ont rĂ©gressĂ©. En nov. 1997, Bolger a cĂ©dĂ© sa place Ă  Jenny Shipley, jugĂ©e plus "dure" que lui. - L'art est surtout l'oeuvre des anciens Maoris.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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